Cameroun : le film de la libération de Basile Atangana Kouna, miraculé de « l’opération Épervier »

Poursuivi dans plusieurs affaires d’atteinte à la fortune publique, l’ancien ministre de l’Eau et de l’Énergie a retrouvé la liberté le 29 juillet, après l’abandon des poursuites prononcé par le Tribunal criminel spécial. Jeune Afrique revient sur les détails de cette décision exceptionnelle.

Dix minutes ont suffi à Annie Noëlle Bahounoui, présidente du Tribunal criminel spécial (TCS) – la juridiction chargée de l’examen des crimes économiques – pour mettre fin à un feuilleton judiciaire de quatre années dans lequel Basile Atangana Kouna était empêtré. L’ancien ministre de l’Eau et de l’Énergie avait été arrêté de manière rocambolesque le 9 mars 2018 au Nigeria.

Au cours de cette audience de délibéré, la Cour a ainsi annoncé que le procureur général près du TCS avait, à la demande du ministre de la Justice Laurent Esso, requis un arrêt des poursuites, en raison de la restitution du corps du délit au Trésor public par l’accusé, soit un montant de 1,265 milliard de francs CFA. Une décision précédemment entérinée par les avocats du ministère des Finances et ceux de la Camwater, – les deux parties civiles.

Une libération venue d’Etoudi

Selon nos informations, ceux-ci n’ont en réalité eu d’autres choix que de se plier aux exigences du palais présidentiel. C’est en effet d’Etoudi que la décision de libérer Atangana Kouna a été instruite aux autorités judiciaires. Dans une correspondance datant du 25 juillet, le secrétaire général de la présidence de la République Ferdinand Ngoh Ngoh a transmis à Laurent Esso l’autorisation du président Paul Biya de mettre fin aux poursuites contre son ancien ministre.

Selon l’entourage de l’ancien directeur général de Camwater, Paul Biya aurait décidé de l’abandon des poursuites en raison de l’état de santé de l’intéressé, qui se serait dégradé lors de son séjour à la prison de Kondengui. Avant même son arrestation en 2018, cet ancien cadre de l’administration, alors sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire, avait adressé pas moins de trois demandes d’évacuation sanitaire à la présidence.

Celles-ci étaient restées lettre morte. Lors de son séjour carcéral, Atangana Kouna a confié à des visiteurs être convaincu que ses doléances n’avaient pas été transmises à Paul Biya.

Bilan de santé et repos

D’après nos informations, Basile Atangana Kouna attendait cette libération depuis de nombreux mois. Dès décembre 2021, le principe d’une remise en liberté contre restitution du corps du délit – déjà appliquée au co-accusé de l’ancien ministre, le Belge Jacques Massard – avait en effet été acté, après plusieurs requêtes présentées à la présidence camerounaise pas les avocats Atangana Ayissi et Luc Sack.

Restait alors encore à mettre en œuvre les modalités pratiques du remboursement des fonds détournés auprès du Trésor public. Basile Atangana Kouna a ainsi dû patienter jusqu’au 11 avril 2022 afin d’obtenir le déblocage partiel de ses comptes bancaires et de pouvoir, ensuite, transmettre au tribunal, via une correspondance du Trésorier payeur général de Yaoundé I, les preuves de sa démarche et du versement de la somme de plus d’1,2 milliard de francs CFA à l’État.

C’est ce remboursement qui a donc autorisé la remise en liberté de l’ancien ministre, laquelle n’interviendra toutefois que le 29 juillet, après une dernière confirmation du secrétariat général de la présidence. De retour à son domicile, au lieu-dit Golf Bastos, à un jet de pierre de la présidence, Atangana Kouna a été accueilli par des proches en liesse. Après quelques jours de repos – au cours desquels il est prévu qu’il effectue un bilan de santé –, Basile Atangana Kouna a prévu de se rendre dans son village de Ngoumou, à une quarantaine de kilomètres de Yaoundé.

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